vendredi 25 avril 2008
Les chiffres définitifs de l'immobilier en 2007 marquent une rupture avec les années précédentes. Maisons et appartements se sont vendus moins bien.
« Les arbres ne montent pas jusqu'au ciel... » Le dicton est rappelé par un promoteur immobilier de Lisieux. Il résume très bien les raisons de la déprime traversée actuellement par le marché immobilier.
La baisse, qui s'est enclenchée au dernier trimestre 2007, n'est toutefois pas suffisante pour mettre dans le rouge l'année écoulée, calculée du 1er janvier au 31 décembre. Les hausses spectaculaires des biens vendus en bord de mer (30,6 % à Villers-sur-Mer et 15,6 % à Ouistreham), « grâce au budget de Parisiens », viennent compenser la tendance « baissière ».
Le mauvais dernier trimestre a quand même provoqué, ici et là, des baisses spectaculaires comme dans le pays de Bayeux où les maisons anciennes ont perdu 7,9 %. La raison avancée ? Les nombreuses libérations de terrains pour permettre la construction de maisons neuves. Mais dans l'ancien, même Caen y va de sa chute (-3,9 %).
« Les gens préfèrent attendre »
« Nous sommes à un tournant », affirme, prudemment, Jean-Michel Boisset, notaire à Bretteville-l'Orgueilleuse et délégué à la communication des notaires de Basse-Normandie. « Actuellement, les gens préfèrent attendre. Ceux qui possèdent déjà une maison et qui désirent acheter plus grand ou plus beau, remettent leur projet à plus tard.
Ils ne veulent pas avoir le souci de revendre leur bien. » Les maisons de centre-ville ou dans un rayon maximum de 25 km partent toutefois plus facilement que les autres. « Le produit le plus recherché ? Les maisons de 100 m2 à 200 000 euros et les biens d'exceptions situés en centre-ville ou en bord de mer, parfois vendues à plus d'un million d'euros. Par contre, les maisons entre 300 000 et 550 000 euros trouvent difficilement preneur. »
« La faute aussi aux agents immobiliers »
Pas étonnant puisque le crédit bancaire coûte désormais beaucoup plus cher. « Les banques sont devenues beaucoup plus frileuses », affirme Pascal Lecourieux, directeur régional de Céléos, société de promotion immobilière qui commercialise des lots à bâtir libres de constructeur. « Les gens continuent de rechercher des terrains, mais ils doivent, du fait du coût du crédit, revoir à la baisse leur nombre de mètre carré. Ils vont demander 800 m2 alors qu'ils auraient aimé 1 000 m2. »
Selon meilleurtaux.com, le refus des banques serait passé de 3 à 8 %, ces derniers mois (lire ci-dessous). Le nombre de prêts immobiliers à taux fixe aurait baissé de 12 % en janvier. « Les salaires n'évoluent pas, mais le coût du crédit a augmenté. Résultat : la capacité d'emprunter diminue.In fine, ça joue sur le prix de vente immobilier », explique Me Boisset.
Certains économistes, comme Marc Touati, anticipent une baisse de 10 % à 15 % pour 2008. « Peut-être, mais si les taux d'intérêt baissent de 0,4 à 0,5 point, ça relance le marché », relativise Me Boisset. Comme la baisse des taux d'intérêt n'est pas vraiment d'actualité, la crise pourrait continuer.
« C'est un peu la faute de notre profession. Pour prendre des mandats, certains agents ont accepté de surévaluer les biens », fustige Jean-Marc Maignan, directeur de l'agence Era, quartier de la Demi-Lune à Caen. « Aujourd'hui, les acheteurs ont la main. Ils négocient. Les délais se sont rallongés. Les prix ont baissé de 10 %, mais le marché a gagné 100 % ces sept dernières années... Les clients frappent toujours à la porte, il faut juste leur proposer les bons prix. »
Guillaume LE DU, Ouest-France
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