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vendredi 15 février 2008

Chez Walter, on se chauffe gratis


Elles ne brûlent ni pétrole ni gaz. Bien isolées, les maisons passives se contentent de l'énergie du sol et du soleil. La France les découvre.

« Nous aussi, on peut le faire ! » Le maire de Boqueho, commune de 900 habitants en Côtes-d'Armor, croit dur comme fer à son lotissement bioclimatique. Accompagné d'une quarantaine d'entrepreneurs, d'artisans et d'architectes du département, il a visité, pendant quatre jours, en Autriche, des maisons et des bâtiments à faible consommation d'énergie, ainsi que des entreprises qui fabriquent des matériaux utilisés dans leur conception.

Roland Briand ne voit pas ce qui empêcherait de reproduire, en France, ce que les Autrichiens mettent en oeuvre depuis dix ans pour réduire la consommation d'énergie et freiner le réchauffement climatique. « Je paie moins de 20 € d'électricité par mois pour le chauffage, l'eau chaude et les appareils électriques », annonce Walter Unterrainer en faisant visiter sa maison. Et pourtant, même quand il fait une température négative à l'extérieur, chez Walter, il fait un bon 20 degrés. Dans sa maison, ni radiateur, ni chaudière à fuel ou à gaz, ni le plus petit convecteur électrique. La chaleur circule pourtant dans toute la maison grâce à un réseau de tuyaux et de bouches de ventilation.

Le surplus d'électricité est vendu

« En 1985, juste après les deux chocs pétroliers, j'ai pensé qu'on ne pouvait plus être dépendant des énergies fossiles », explique l'architecte autrichien. Pour arriver à ses fins, il a tout bonnement construit une maison au maximum étanche et recherché d'autres sources de chaleur. Ossature bois, ouate de cellulose, triple vitrage, utilisation de l'énergie du sol et du soleil sont les ingrédients indispensables de la recette. Un système de ventilation double flux permet à l'air frais de rentrer et, au passage, de capter les calories de l'air sortant.

Aujourd'hui, on compte plus de 3 000 maisons passives en Autriche. Ces habitations consomment 15 kilowatts/heure par mètre carré, par an, alors que la moyenne de nos maisons traditionnelles dévore quelque 250 kWh. Pour perfectionner l'isolation, les architectes rivalisent d'ingéniosité. Comme en habillant certaines maisons d'une bâche habituellement utilisée dans l'agriculture.

« L'économie d'énergie des habitations passives va de pair avec la production d'électricité, précise Walter, la plupart d'entre elles sont équipées de panneaux solaires ou photovoltaïques qui font l'appoint en électricité. Le surplus de production est même vendu. »

Pour réduire le coût de la construction - mais aussi parce que le terrain est rare et une maison plus chère - certains habitants habitent des petits immeubles passifs de quatre à douze logements. Des collectivités se sont emparées du concept. Comme la commune, de Ludesch (3 300 habitants). On peut y voir un superbe centre communal avec mairie, salles pour les associations, crèche... Mais aussi une librairie, un café, un cabinet d'avocat. « 40 % des locaux sont loués », précise le maire, très fier d'ajouter : « L'édifice a été construit avec des arbres de notre forêt. Et l'étanchéité réalisée avec la laine de nos moutons. » Le bâtiment dépense environ 7 000 € d'électricité par an. Mais ses panneaux solaires en produisent pour 10 000 €.

À Boqueho, dans un peu plus d'un an

Tout type d'immeuble peut être passif. Comme ce collège de 200 élèves à Klaus. Ici, la consommation descend même à 11 kWh/m2 par an. Ou encore ce collectif de dix-huit logements sociaux sur trois étages qui consommait 38 210 litres de fuel avant rénovation. Aujourd'hui, il en est à 3 500 €. Dix fois moins !

Assisté de membres du Conseil d'architecture, d'urbanisme et de l'environnement (CAUE) des Côtes-d'Armor, les entrepreneurs, architectes et artisans bretons sont prêts à retrousser leurs manches et à faire de Boqueho une commune pilote en matière d'habitat passif. Une vingtaine de maisons individuelles et dix logements sociaux, doivent sortir de terre dans un peu plus d'un an.

La maison passive est possible en Bretagne. D'ailleurs, une crèche vient d'ouvrir à Loudéac. Elle est prévue ne consommer que 50 kWh/m2 par an.

Consultez notre dossier : la maison basse consommation



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